🆕 Défense européenne : l’heure des choix face à un paradoxe stratégique

Rédigé le 01/07/2026
Gregory Vernon

Face aux tensions internationales, à la guerre en Ukraine et aux incertitudes sur l’engagement futur des États-Unis, l’Europe affirme vouloir renforcer son autonomie stratégique. Mais cette ambition se heurte encore à des réalités industrielles et politiques complexes.

Depuis plusieurs mois, un constat semble s'imposer partout en Europe.

Face à la guerre en Ukraine, aux tensions internationales et aux interrogations grandissantes sur l'engagement futur des États-Unis dans la défense du continent via l’OTAN notamment, l'Europe devrait devenir plus autonome, plus souveraine et en mesure d'assurer seule sa sécurité.

Cette ambition n'est plus uniquement portée par quelques responsables politiques français et allemands. Elle progresse désormais dans de nombreux pays européens.

Les enquêtes d'opinion récentes de l’ECFR montrent d'ailleurs que cette idée progresse, aussi, dans l'opinion publique. Une majorité croissante de citoyens européens considère désormais que l'Europe doit être capable d'assurer sa propre sécurité et sa propre défense.

Le diagnostic est largement partagé ; mais au-delà des discours nationaux, une question demeure : l'Europe est-elle réellement prête à construire cette autonomie stratégique ?

Un contexte qui pousse Ă  davantage d'Europe

Les réflexions menées par plusieurs centres d'analyse européens convergent.

L'Europe doit pouvoir se défendre avec les États-Unis lorsque cela est possible, avec moins d'Amérique lorsque cela devient nécessaire et, si la situation l'impose, sans l'Amérique.

Cette évolution implique des investissements importants dans les capacités militaires, les avions de combat, les drones, les systèmes d'information sécurisés, la cybersécurité, le renseignement, l'espace, les communications souveraines, l'intelligence artificielle ou encore les capacités de commandement.

Les salariés d’Airbus Defence & Space sont au cœur des enjeux de souveraineté européens.

Le paradoxe du moment

Pourtant, au moment même où les dirigeants européens appellent à davantage de coopération, le programme SCAF semble s’être engagé dans une impasse : le Chancelier allemand a mis fin aux ambitions d’un unique avion de combat de nouvelle génération, le NGF.

Pensé comme le symbole d'une Europe capable de développer ensemble les systèmes de combat du futur, ce programme était régulièrement présenté comme l'équivalent, pour la défense, de ce qu'Airbus a représenté dans l'aéronautique civile.

Si le NGF est emblématique de cette coopération, le SCAF est beaucoup plus qu’un avion !

Le programme porte également une vision du combat futur fondée sur l'interconnexion permanente des systèmes, le partage instantané de l'information, l'intelligence artificielle, la fusion de données, les communications sécurisées et l'intégration de multiples plateformes dans une même architecture opérationnelle.

Le véritable enjeu du SCAF ne réside pas seulement dans l'appareil lui-même mais dans le système nerveux numérique qui doit relier l'ensemble des acteurs du champ de bataille.

C'est précisément ce qui interpelle à la lecture de la note publiée récemment par l'ECFR.

Une question qui dépasse le seul SCAF

Les divergences industrielles, les questions de gouvernance, les enjeux de propriété intellectuelle et les difficultés de partage des responsabilités semblent avoir pris le dessus sur l'ambition politique initiale.

L'Europe affirme vouloir davantage de souveraineté stratégique, mais peine encore à construire les outils industriels communs qui permettraient de la concrétiser.

Réduire ce débat à une opposition entre industriels serait une erreur.

Le véritable sujet est plus profond.

Une responsabilité collective

Construire une défense européenne crédible suppose nécessairement de partager des responsabilités, des compétences, des technologies et des décisions.

Selon les experts, la défense européenne du futur reposera moins sur la multiplication des plateformes que sur la capacité à collecter, partager, protéger et exploiter l'information. Ils insistent sur l'importance des capacités de renseignement, des systèmes de commandement, des communications sécurisées, des architectures numériques de combat, des infrastructures cyber et des moyens spatiaux.

Les systèmes C4ISR, les réseaux de commandement, l'interopérabilité des plateformes, les communications sécurisées, la cybersécurité, les architectures cloud de défense ou encore l'exploitation des données spatiales ne sont pas des concepts théoriques. Ce sont des technologies sur lesquelles travaillent quotidiennement de nombreuses équipes au sein de notre entreprise.

L’échec du NGF européen ne sonne pas le glas du SCAF, il met en lumière des obstacles à la coopération européenne.

Que deviennent les travaux engagés depuis plusieurs années sur les architectures numériques de combat ?

Comment seront valorisées les compétences développées dans le domaine du Combat Cloud ?

Quelle continuité sera donnée aux travaux réalisés sur l'interopérabilité, les communications sécurisées, la fusion de données ou l'intelligence artificielle appliquée aux systèmes de défense ?

Au-delà du programme lui-même, quelle place l'Europe souhaite-t-elle réellement accorder aux technologies qui doivent précisément lui permettre de gagner en autonomie ?

Ces questions concernent directement les salariés d’Airbus Defence & Space.

Car derrière les débats entre États, les arbitrages budgétaires et les négociations industrielles se trouvent des milliers d'ingénieurs, de développeurs, d'architectes systèmes, d'experts cyber, de spécialistes du spatial, des télécommunications, de l’IA qui contribuent chaque jour à construire ces capacités.

Ils participent à la constitution de compétences désormais stratégiques pour l'Europe.

Mais une souveraineté ne se décrète pas. Elle se construit, à partir d’une vision politique, par le développement de compétences, de savoir-faire, d’investissements de long terme et d’une vision industrielle cohérente.

Pour FO Airbus DS

FO Airbus DS considère que les débats actuels doivent être abordés avec lucidité.

L'Europe ne pourra pas bâtir une véritable autonomie stratégique sans une base industrielle forte, innovante et durablement soutenue.

Les compétences des salariés, leur expertise technologique et leur engagement constituent un élément essentiel de cette souveraineté.

Dans ce contexte, les transformations industrielles en cours, les coopérations européennes, les consolidations éventuelles du secteur spatial ou de défense ainsi que les grands programmes du futur doivent être analysés avec une attention particulière.

Car derrière les débats géopolitiques se trouvent aussi des emplois, des compétences, des savoir-faire stratégiques et l'avenir industriel de l'Europe.

Le paradoxe européen est aujourd'hui clairement posé : les industriels européens peinent à s’accorder alors que la volonté d’une défense commune est érigée en objectif commun.

Reste désormais à démontrer collectivement que l'Europe est capable de construire sa défense souveraine.

Pour FO Airbus DS, ce contexte est également visible en interne, notamment entre la France et l’Allemagne. L’enjeu d’une défense européenne est d’autant plus complexe que chaque pays doit trouver un équilibre entre une entreprise commune dans laquelle chacun doit amener quelque chose et non se focaliser sur ce qu’elle peut prendre à l’autre.

De même, chaque entreprise doit garder à l’esprit de servir son pays en premier. C’est ici que FO, en tant que syndicat français, s’interroge sur la définition des axes que le gouvernement français doit prendre pour réindustrialiser la France, ce que l’Allemagne semble mieux faire.

When there is a will, there is a way…



Crédits : FO AIRBUS DS


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