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Google suite, un bon choix pour Airbus ?

Rédigé le 20/03/2018
Gregory Vernon


Par un courriel en date du 14 mars 2018 et signé Tom Enders, les salariés ont été informés de la décision de migrer de l’environnement Microsoft Office vers celui de Google suite. La décision a fait vite le tour des bureaux, accompagnée de son lot d’interrogation notamment en matière de sécurité. « Nous subissons une pression assez lourde vis-à-vis de nos outils actuels et méthodes de travail au regard du projet 901 pour nous étonner d’un tel choix », nous confie un manager. Un pavé dans la mare au moment où le gouvernement français attaque Google sur sa position dominante.

Google suite, c’est quoi ?

G Suite est une gamme d'outils informatiques, de productivité et de collaboration basés sur le nuage Web (Cloud) qui ont été initialement lancés sous la marque Google Apps for Your Domain en 2006. Airbus s'attend à ce que le projet s'étende sur une période de 18 mois pour que les 130.000 employés basculent sur Google.
Assurer la continuité du business est une partie essentielle de ce projet. Aussi, le courriel de Tom Enders assure que "Vous aurez tout le soutien dont vous avez besoin (…) Beaucoup d'entre vous seront directement impliqués dans le programme et je suis convaincu que vous adopterez ce mouvement vers un monde où la technologie rend les choses aussi faciles au travail qu'à la maison".

L’alerte de Air Liquide

Cette migration est justifiée par le besoin d’outils pour être en adéquation avec la phase de transformation numérique des entreprises du groupe Airbus et offrir une réelle plus-value aux salariés. Toute migration a son lot de problèmes, de frustration ou de craintes. À cela, s’ajoute l’alerte des salariés d’Air Liquide. Il y a quatre ans, l’entreprise a fait le choix d’enterrer Microsoft Office au profit de Google Suite. Le déploiement s’est fait sur 55.000 postes. S’en sont suivie de multiples problèmes dus à l’absence de formation et de fonctionnalités nécessaires au travail des employés. Il y a une certaine incompatibilité entre les systèmes Googliens et Microsoftiens, si bien que 30 % des postes informatiques dans l’entreprise sont restés sous Microsoft Office.

Google mélange vie privée et vie professionnelle

C’est surtout au niveau de la sécurité que le bât blesse. Des failles de sécurités ont été constatées par des syndicats d’Air Liquide sur la protection des données de l’entreprise.  Il a été rapporté des incidents concernant Hangouts (équivalent de Webex pour nous), à plusieurs reprises, des salariés se sont retrouvés dans de mauvaises réunions. Pire, Google mélange vie privée et vie professionnelle. Leur système se mélange les pinceaux dans les documents dès lors qu’un salarié dispose d’une adresse personnelle sous Gmail. Des documents sensibles risquent de se retrouver hors de l’infrastructure sécurisée. Faudra-t-il interdire aux salariés d’avoir une adresse personnelle chez Google ?

 Pourquoi quitter Microsoft ?

Selon plusieurs personnes interrogées et travaillant sur des projets hautement Microsoft, la raison pourrait venir du coût. Microsoft est « gourmand en licence », et cela à un coût. Cela pose problème quand le produit n’est pas utilisé complètement du fait des sécurités implémentées au niveau des serveurs. « Vous payez cher, quelque chose que vous utilisez peu » résument ces personnes. Il y a aussi la question des mises à jour jugées trop fréquentes.
Dirk Hoke ajoute que Microsoft Office n'est "plus assez moderne pour les générations récentes (...) Après deux ans de processus de sélection, il fallait prendre une décision pour trouver une solution à l'échelle du groupe". 

Que va-t-il se passer lors des échanges entre le client et les équipes projet connaissant le monopole persistant de Microsoft Office dans l’administration et les autres entreprises ?

Notre rôle de garant des informations confidentielles en lien avec la défense nous oblige de toute manière à recourir à un double environnement dans le but de cloisonner le « classifié » et le « non-classifié ». À l'heure actuelle, l'environnement classifié pourrait reposer sur Microsoft Office et celui du non-classifié sous Google Suite et son cloud. La question vers laquelle tout le monde converge est « comment allons-nous pouvoir utiliser des outils s’appuyant sur le cloud depuis un environnement qui n’y a pas accès ? » Un accès de bout en bout, et ce où que l’on soit, est difficile à croire. Airbus va-t-il se doter de son propre cloud ?

Quid de la migration de notre Hub ou de l’interconnexion entre les différents outils actuels ?

Face à ce lot de problématiques, qui pourrait impacter 80% des salariés d’Airbus Defence and Space selon la direction, nous espérons que notre branche CyberDefence sera fortement impliquée en amont et le plus tôt possible. Nos standards et nos autorités de tutelles sont stricts en ce qui concerne la confidentialité et l’intégrité des données sensibles qu’elles nous confient.

En conclusion, cette cohabitation Microsoft Office / Google Suite n'est pas une surprise. L’expérience de Air Liquide montre qu’il faudra en passer par là. Il y a un challenge à relever ici qu’il faut accompagner au risque de transformer le tout en une surcharge de travail des plus délétère pour la santé au travail.