Airbus face à des enjeux stratégiques et de souveraineté
Le sujet occupe autant les esprits qu’il suscite des questions. Le projet BROMO n’est pas une simple réorganisation, il vise à détacher une activité afin de lui permettre d’évoluer dans un modèle économique distinct. Mais cette opération a pour conséquence directe de modifier la physionomie d’Airbus Defence and Space, avec un transfert de sa branche spatiale dans une JV, activité qui constituait jusqu’ici un point d’équilibre structurant dans la répartition des activités industrielles. FO reviendra plus en détail sur ce point à l’issue des informations annoncées lors de l’ECADS (comité européen Airbus DS) du 19 février 2026.
Historiquement, depuis la création d’EADS, l’équilibre entre le domaine spatial et le domaine de la défense participait d’un partage industriel pensé comme un mécanisme de stabilité entre nations partenaires. Le spatial formait l’un des piliers assurant une répartition cohérente des charges, des compétences et des responsabilités au regard des activités de défense. En être amputé modifie mécaniquement cet équilibre et ouvre des interrogations sur la nouvelle architecture industrielle d’Airbus «activités défense» (incluant ses filiales) ainsi que sur la répartition des activités entre pays.
Les enjeux sont particulièrement sensibles pour AirPower et Connected Intelligence, dont les activités s’inscrivent à la fois dans des logiques civiles ou duales (pour CI) et militaires. S’agissant d’AirPower, des relais de croissance existent, notamment à travers le PATMAR1 et le FMTC2 , programmes susceptibles de recréer une dynamique industrielle et de contribuer à rééquilibrer une empreinte française qui s’est progressivement réduite depuis la fin d’Airbus Military.
Les attentes exprimées en France par la Direction Générale de l’Armement en matière de maintien d’une base industrielle et technologique de défense en constitue une illustration. La structuration d’entités nationales disposant d’une capacité d’autonomisation par rapport à la division et au groupe, à l’image du modèle mis en œuvre par MBDA, pourrait répondre à cette évolution générale.
Dans cette logique, une idée d’une structure intermédiaire par pays hôte ferait-elle sens ? Il ne s’agirait pas d’un repli national, mais d’un dispositif permettant à Airbus «activités défense» de présenter, dans chaque pays stratégique, une entité suffisamment ancrée, identifiable et responsabilisée pour offrir aux États les garanties qu’ils attendent aujourd’hui d’un acteur pleinement national. Une telle organisation permettrait de concilier intégration européenne et crédibilité à la souveraineté, en adaptant la forme industrielle aux réalités du marché sans renoncer à la cohérence d’ensemble.
Les interrogations sont les mêmes pour AirPower et pour Connected Intelligence, dont la diversité des services, la nature hybride des activités et le rôle dans les architectures intégrées en font un élément structurant pour AIRBUS. Son modèle économique repose sur des investissements continus et sur des retours inscrits dans la durée, ce qui suppose stabilité et cohérence dans le périmètre retenu.
Au fond, la question n’est plus seulement celle d’un partage industriel par activité, mais celle de la capacité
d’Airbus «activités défense», amputé de son pilier spatial, à reconstruire un équilibre durable fondé sur l’ancrage territorial des compétences et sur une organisation capable de répondre aux exigences nouvelles de souveraineté. Pour FO, une structure nationale renforcée pourrait constituer l’un des leviers de cette adaptation stratégique.
FO, nos emplois, nos compétences
1 PATMAR : A321XLR PATrouille MARitime - 2 FMTC : Future Mid-size Tactital Cargo Aircraft
Encart
Nous en profitons pour rappeler que le FMTC revêt une dimension stratégique qui dépasse le seul renouvellement capacitaire.
Car en l’absence d’un engagement clair d’Airbus sur ce segment, la montée en puissance d’acteurs comme Embraer avec son C-390 pourrait non seulement affecter les revenus d’Airbus «activités défense», mais aussi renforcer durablement un concurrent déjà solidement implanté sur le marché civil des monocouloirs régionaux. Embraer consoliderait ses capacités industrielles, technologiques et financières ce qui lui donnerait, à terme, des marges de manœuvre accrues sur d’autres segments du transport aérien.


